Par Heather Blumenthal

Ceci étant fait, le Dr Duval, du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, est passé à la phase suivante de ses travaux, cette fois avec le soutien d’une subvention d’études habilitantes de BioCanRx, afin de prendre les mesures nécessaires pour transférer sa découverte en laboratoire à la clinique – et ainsi innover dans la façon dont un essai clinique est développé.
Sa découverte porte désormais un nom : Inducteurs thérapeutiques de la destruction des cellules tueuses naturelles, ou ThINKK. Les ThINKK sont un type de cellules immunitaires dérivées du sang du cordon ombilical, analogues des cellules dendritiques plasmacytoïdes (ou pDC) naturelles. Elles diffèrent des pDC naturelles par le fait qu'elles ne stimulent pas les lymphocytes T, mais uniquement les cellules tueuses naturelles (NK), prévenant ainsi les rechutes sans provoquer la réaction du greffon contre l'hôte si dangereuse. À l'origine, cette thérapie cellulaire était destinée aux enfants atteints de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) ayant subi une greffe de cellules souches hématopoïétiques (GCSH), afin de prévenir les rechutes. Cette technique s'est également avérée efficace sur les cellules du neuroblastome. Le neuroblastome est une tumeur cancéreuse solide qui se développe à partir de cellules nerveuses immatures dans diverses parties du corps. En effet, ThINKK ouvre un nouveau champ d'immunothérapie post-transplantation qui pourrait à terme dépasser ses cibles initiales.
La bourse Enabling Studies vise à faire deux choses :
- Amener la fabrication de l’immunothérapie aux normes cliniques, grâce à l’application des principes du Bon Processus de Fabrication.
- Concevoir un protocole pour un essai clinique de phase 1 à soumettre à Santé Canada.
Le premier volet s'inscrit dans la continuité des travaux menés par le Dr Duval, conscient que le ThINKK n'est bénéfique que s'il peut être utilisé en clinique. Les études toxicologiques jouent un rôle important pour garantir que l'immunothérapie est à la fois sûre et administrée à une dose efficace pour stimuler les cellules NK sans activer les lymphocytes T nocifs.
« Nous avons étudié le problème sous différents angles », explique le Dr Duval. « Nous n'avons observé d'activation des lymphocytes T chez aucun d'entre eux. »
La deuxième partie, ainsi que la conception d'un formulaire de consentement, est réalisée avec la participation d'anciens patients atteints de LAL, d'adolescents et de jeunes adultes, ainsi que de leurs parents. Ce type de participation des patients est relativement nouveau dans le monde des essais cliniques, mais ses avantages sont de plus en plus reconnus.
Parmi ces avantages, on retrouve la probabilité accrue que l'essai réponde à des questions pertinentes pour les personnes atteintes de la maladie en question et leurs familles. D'un point de vue pratique, cela contribue également à augmenter les chances que les patients choisissent de participer à l'étude.
Réaliser ce type de travail est essentiel pour faire sortir la recherche fondamentale du laboratoire et l’amener à la clinique, mais le soutien pour ce type de travail peut être difficile à trouver.
« Trouver les ressources nécessaires pour le mettre en clinique est un long cheminement », explique le Dr Duval. « Mais sans BioCanRx, ce cheminement n'aurait pas eu lieu. »
À terme, à mesure que le voyage se poursuit, ThINKK pourrait être la première immunothérapie « prête à l’emploi » disponible pour tous les patients atteints de tumeurs malignes à haut risque qui ont reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques (GCSH) dans le cadre de leur traitement, et un complément innovant aux thérapies cellulaires anticancéreuses actuelles.
Heather Blumenthal écrit sur la santé et la recherche en santé depuis plus de 20 ans et ne perd jamais sa fascination pour les progrès réalisés par les chercheurs canadiens.