par : Heather Blumenthal

Être oncologue pédiatrique peut être déchirant. Mais de temps à autre, une lueur d'espoir surgit, souvent des endroits les plus inattendus.
Le Dr Uri Tabori, oncologue à l'Hôpital pour enfants malades de Toronto, dirige, avec l'aide de plusieurs médecins et scientifiques, un consortium international unique qui contribue au traitement des cancers infantiles partout dans le monde. Parmi ces patients figurent des patients de pays en développement où les ressources sont tout simplement insuffisantes. Il y a quelques années, ils ont constaté que des enfants du Moyen-Orient et d'Asie du Sud, comme le Pakistan, l'Arabie saoudite et la Jordanie, recevaient un diagnostic de cancer qui aurait dû évoluer lentement, mais qui a progressé, entraînant leur décès en quelques mois.
Grâce à l'analyse du séquençage du génome entier, le consortium a pu déterminer que les tumeurs de ces enfants présentaient des mutations génétiques 1 000 fois plus nombreuses que celles observées dans un cancer normalement mutant. « Nous appelons ces tumeurs des cancers hypermutants », explique le Dr Tabori. De plus, ils ont pu en déterminer la cause. Ces enfants n'avaient pas la capacité innée de corriger les mutations génétiques qui s'insinuent dans l'ADN lors de la réplication cellulaire.
« Ces cancers hypermutants sont très agressifs », explique le Dr Tabori. « Ils ne répondent pas aux traitements traditionnels comme la chimiothérapie. »
Ils ont constaté que, bien que le syndrome, appelé déficit biallélique de réparation des mésappariements (bMMRD), soit rare, l'hypermutation touche une part importante des enfants et des adultes atteints de cancer : 5 à 10 % chez les enfants et 15 à 20 % chez les adultes. De plus, quel que soit le type de cancer, les chiffres se confirment. Plus important encore, ils ont constaté que les patients atteints de bMMRD, qui développent des cancers hypermutants, répondent particulièrement bien aux inhibiteurs de points de contrôle – une forme d'immunothérapie qui consiste à contourner la capacité du cancer à bloquer les cellules immunitaires qui l'attaquent.
Le Dr Tabori et le consortium international ont donc commencé à traiter ces enfants par inhibiteurs de point de contrôle. Les deux premiers patients étaient des enfants canadiens, tous deux atteints d'un glioblastome récidivant, une tumeur dont la survie est inférieure à trois mois. Après le traitement, les tumeurs des deux enfants ont réagi de manière spectaculaire. L'un d'eux est décédé, tandis que l'autre a survécu et est indemne de la maladie.
Fort de ces résultats encourageants, Bristol-Myers Squibb a financé le premier essai sur le cancer pédiatrique hypermutant, mené par les Drs Éric Bouffet (directeur de la Société internationale d'oncologie pédiatrique) et Tabori. Cet essai international est désormais actif au Canada et sera lancé à Philadelphie, à Paris et en Israël cette année.
Grâce à une subvention d'habilitation de BioCanRx, SickKids dirige désormais les études complémentaires sur les biomarqueurs de cet essai international, afin de déterminer quels patients atteints de bMMRD sont les plus susceptibles de bénéficier de l'immunothérapie. Le Dr Tabori travaille avec ses collègues du consortium international, le Dr Bouffet, Carol Durno (gastro-entérologue) et Melyssa Aronson (conseillère en génétique et experte mondiale en réparation des mésappariements), ainsi qu'avec son associé de recherche à SickKids, le Dr Adam Schlien, afin d'identifier les biomarqueurs susceptibles d'indiquer une sensibilité à l'immunothérapie chez les patients atteints de bMMRD et de diffuser ces biomarqueurs le plus rapidement possible afin de permettre aux oncologues de mieux prédire lesquels de leurs patients répondront le mieux à l'immunothérapie.
La recherche poursuit plusieurs objectifs. Le Dr Tabori et ses collègues recherchent des signatures génétiques permettant d'identifier les personnes les plus susceptibles de répondre à l'immunothérapie. Ils cherchent également à identifier les cellules immunitaires qui luttent contre les cancers hypermutants, afin de les enrichir et d'amplifier la réponse immunitaire.
La cerise sur le gâteau de ce projet, explique le Dr Tabori, serait de développer un test sanguin non invasif qui permettrait aux oncologues de déterminer qui sont ces patients sans avoir besoin d’une biopsie invasive.
Mais le Dr Tabori regarde encore plus loin.
« Ce syndrome nous renseigne également sur les cancers courants », dit-il. « Nos connaissances peuvent être transposées à de nombreux autres cancers. » En effet, en tant que bénéficiaire d'une subvention d'habilitation de BioCanRx, le Dr Tabori espère que ses travaux seront largement applicables, non seulement aux enfants, mais aussi aux adultes atteints de cancers hypermutants.
Le Dr Tabori et son équipe diffusent leurs données par tous les moyens traditionnels : articles, présentations lors de conférences. Fait unique, ils utilisent également le site web du consortium et les réseaux sociaux, comme Twitter, pour partager leurs résultats. Et cela fonctionne : plus de la moitié des enfants participant à la recherche ont suivi ces plateformes pour en entendre parler.
« Je traite des enfants atteints de cancer et je pleure chaque fois qu'un enfant décède », explique le Dr Tabori. « Cette année, j'ai pleuré de joie à plusieurs reprises en constatant ces réponses extraordinaires aux thérapies. C'est un peu comme un rêve devenu réalité dans une profession aussi triste. »
Heather Blumenthal écrit sur la santé et la recherche en santé depuis plus de 20 ans et ne perd jamais sa fascination pour les progrès réalisés par les chercheurs canadiens.