Il est temps de faire un quiz surprise:
Qui répond le mieux à la thérapie CAR-T ? Les hommes ou les femmes ?
Quelle dose de traitement est la plus efficace ? Une dose faible ? Une dose moyenne ? Une dose élevée ?
Ce ne sont là que deux des questions auxquelles le doyen Fergusson de l'Institut de recherche de l'hôpital d'Ottawa (IRHO) tente de répondre en examinant les données individuelles issues d'essais cliniques sur cette nouvelle méthode prometteuse de traitement des personnes atteintes de cancers du sang, comme la leucémie ou le lymphome, pour lesquelles d'autres traitements se sont avérés inefficaces. (Voir Exploration approfondie pour améliorer la thérapie CAR-T, extrait du bulletin d’information BioCanRx d’avril 2022.)
(Alerte spoiler : les femmes semblent mieux répondre à la thérapie que les hommes. Et une dose moyenne de cellules CAR-T semble être la plus efficace.)
Pour parvenir à ces réponses, le Dr Fergusson, scientifique principal et directeur du programme d'épidémiologie clinique à l'OHRI, et son équipe ont analysé les dossiers individuels de plus de 2 400 patients ayant participé à plus de 102 essais cliniques – un processus très laborieux, a-t-il précisé ! L'équipe a examiné plus d'une douzaine de variables liées aux caractéristiques des patients, aux traitements spécifiques reçus et aux différents procédés utilisés pour fabriquer les cellules CAR-T, puis les utiliser pour enrichir leurs propres cellules immunitaires.
L'analyse, en grande partie terminée, a confirmé que la thérapie CAR-T est un traitement salvateur pour les cancers du sang, avec un taux d'efficacité de 54 %. Ce résultat est particulièrement significatif, sachant que la plupart des patients qui reçoivent cette thérapie en fin de parcours – les autres traitements n'ont pas fonctionné – et que, sans thérapie CAR-T, le cancer est susceptible d'être mortel.
Cependant, leur analyse approfondie des données individuelles des patients a également révélé des différences importantes dans l’efficacité de la thérapie CAR-T en fonction de facteurs à la fois intrinsèques au patient, tels que le sexe, et extrinsèques, liés aux cellules CAR-T elles-mêmes.
Il est intéressant de noter que deux facteurs ne semblent pas avoir d'influence significative sur l'efficacité du traitement par CAR-T : si le type de cancer du sang joue un rôle, il ne semble pas que le degré de sévérité de la maladie du patient influence (étant donné, comme l'a observé le Dr Fergusson, qu'il s'agit d'une population de patients très malades). Le nombre de cycles antérieurs d'autres traitements ne semble pas non plus influencer la situation.
« Pour beaucoup, il s'agit d'un traitement de la dernière chance », a déclaré le Dr Fergusson. « Cela ne semble cependant pas avoir d'impact sur le stade du cancer ni sur les traitements antérieurs. »
Les travaux du Dr Fergusson ont des implications importantes tant pour la recherche que pour la clinique.
Par exemple, les chercheurs pourraient s'intéresser à la raison précise pour laquelle les femmes répondent mieux au traitement que les hommes. Qu'est-ce qui, dans le corps masculin, explique cette moins bonne réponse et, plus important encore, comment, grâce à ces connaissances, la thérapie CAR-T peut-elle être adaptée pour pallier cette baisse de réponse ?
En clinique, les médecins bénéficieront de davantage de conseils pour sélectionner les patients qui bénéficieront d'une thérapie CAR-T et déterminer la dose la plus adaptée. Des doses plus élevées sont généralement considérées comme plus efficaces, mais elles comportent également des risques plus importants. Cependant, bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires sur le sujet, cette étude suggère qu'une dose moyenne est la plus efficace et sans les risques associés à une dose plus élevée.
Ces conseils sont toutefois vains si les cliniciens n'en ont pas connaissance. C'est pourquoi, dès le début, le Dr Fergusson a intégré des utilisateurs des connaissances à son équipe. Ils ont notamment contribué à la rédaction et à la relecture du manuscrit principal et joueront un rôle essentiel pour que leurs collègues cliniciens soient informés de ces travaux.
Le Dr Fergusson et son équipe se tournent également vers l'avenir. Ils souhaitent que cette étude soit « vivante », dont les résultats seraient continuellement mis à jour avec les nouvelles découvertes. Le défi consiste à trouver un moyen de publier ces résultats ; peu de revues sont prêtes à s'engager à publier des mises à jour à l'avance et il existe peu d'autres options efficaces pour atteindre réellement les cliniciens et les autres publics cibles. Pour atteindre cet objectif, le Dr Fergusson discute avec d'autres chercheurs menant des études vivantes afin de mieux comprendre ses options et de s'inspirer de leurs expériences.
En fin de compte, le Dr Fergusson est animé par la volonté d'améliorer encore une thérapie déjà révolutionnaire, en identifiant les points à améliorer, dès maintenant et à mesure que le traitement évoluera. À cet égard, il affirme que l'étude a représenté « un travail considérable », mais une grande satisfaction.
