Nadine Frisk, ancienne boursière du BioCanRx Learning Institute et membre actuelle du groupe de travail du Learning Institute, partage son expérience de l'immunothérapie et sa vision des prochaines étapes pour conclure le Mois des survivants du cancer et le Mois de l'immunothérapie du cancer 2026.

Pour la plupart d’entre nous, le mot « cancer » évoque une image précise : la perte de cheveux, l’amaigrissement et les longs séjours à l’hôpital associés à la chimiothérapie, traitement de référence au Canada depuis des décennies. Mais grâce à l’essor de l’immunothérapie du cancer et aux nouvelles options thérapeutiques qu’elle offre aux patients, cette image commence à changer. L’immunothérapie du cancer révolutionne la prise en charge des patients canadiens, avec moins d’effets secondaires et de meilleurs résultats.
Parmi ces patients figure Nadine Frisk, une travailleuse sociale de Colombie-Britannique. Lorsqu'on lui a diagnostiqué une leucémie lymphoblastique aiguë (LLA), son premier traitement a été la chimiothérapie. Son diagnostic est survenu pendant les confinements liés à la COVID-19, et une infection fongique potentiellement mortelle contractée après sa chimiothérapie l'a obligée à rester hospitalisée pendant des mois.»« Je n’étais pas sortie de l’hôpital depuis si longtemps que je me sentais vraiment déprimée et très isolée », raconte-t-elle. Puis, une nouvelle encore plus terrible est tombée : la chimiothérapie ne fonctionnait pas.
L'immunothérapie est un domaine en plein essor et, il y a encore quelques années, elle n'était pas facilement accessible à la plupart des patients. Lorsque l'hématologue de Nadine lui a recommandé le blinatumomab, un anticorps monoclonal ciblant une protéine présente sur les cellules cancéreuses pour aider le système immunitaire à les reconnaître et à les attaquer, elle ignorait qu'il s'agissait d'une immunothérapie. Elle espérait alors que ce serait sa chance d'obtenir une rémission et de pouvoir recevoir la greffe de cellules souches dont elle avait désespérément besoin pour survivre.
Après avoir terminé mon traitement et reçu ma greffe de cellules souches, j'ai approfondi mes recherches sur mes soins et découvert que le médicament Blina qui m'avait été administré était une forme d'immunothérapie, et qu'il n'est pas offert partout au Canada. Cette découverte a transformé ma vision de mon parcours et m'a orientée vers mon engagement futur. J'ai alors réalisé la chance que j'avais eue que mon hématologue, le Dr Kevin Hay, et le programme de greffe de moelle osseuse de la Colombie-Britannique puissent me le proposer. Cela m'a également ouvert la porte pour devenir patient partenaire dans la recherche préclinique axée sur l'immunothérapie, me permettant d'utiliser mon expérience vécue pour contribuer à l'avancement des traitements susceptibles de changer l'avenir d'autres patients. »
Le blinatumomab est administré par perfusion grâce à une pompe que la patiente porte 24h/24 et 7j/7, ce qui permet un traitement ambulatoire. Pour Nadine, cela a tout changé. « J'ai enfin pu retrouver une meilleure forme physique, plus forte que je ne l'avais été depuis des mois. J'ai pu reprendre des forces, du poids et me préparer mentalement et émotionnellement à l'avenir. Cela m'a redonné espoir. J'ai pu passer des moments précieux avec mon mari, Toby, et ensemble, nous avons pu nous soutenir face à l'incertitude liée à la greffe. L'immunothérapie ne m'a pas seulement sauvé la vie ; elle m'a donné la force de me battre pour cette seconde chance grâce à ma greffe de cellules souches. C'est un cadeau que je n'oublierai jamais. »
Pourtant, même pour Nadine, ce médicament miracle était difficile d'accès et très coûteux. Son mari et elle ont déménagé de la vallée de l'Okanagan à Vancouver pendant dix mois, le temps de son traitement, afin d'être près de l'hôpital pour ses rendez-vous. L'accessibilité géographique demeure un enjeu majeur pour l'accès aux traitements contre le cancer au Canada, qui compte de nombreuses communautés rurales et éloignées ; pour les immunothérapies, cet accès est encore plus limité.
Pour Nadine, c'est inacceptable. « L'immunothérapie m'a sauvé la vie. Je suis très engagée dans la sensibilisation à l'immunothérapie comme option de traitement : ses bienfaits, la qualité de vie qu'elle peut offrir comparativement à la chimiothérapie et à la radiothérapie traditionnelles, et les obstacles auxquels les patients se heurtent pour accéder à ces traitements au Canada. Je souhaite que chacun puisse bénéficier des mêmes chances de survie que j'ai eues. Je conseille à toute personne atteinte d'un cancer, quel qu'il soit, de parler à son oncologue de l'immunothérapie. » Bien que le système canadien présente des obstacles réglementaires et financiers qui freinent l'accès aux immunothérapies en clinique, Nadine y voit aussi une occasion de défendre les intérêts des patients et des aidants. « Je crois qu'un important travail de sensibilisation reste à mener auprès des communautés de patients concernant l'immunothérapie. Le défi qui nous attend est de rendre l'immunothérapie véritablement accessible à tous les patients du Canada. Il reste encore beaucoup à faire. »
L'immunothérapie contre le cancer a sauvé la vie de Nadine Frisk, mais elle a également amélioré sa qualité de vie pendant le traitement et après la rémission. C'est rare pour un traitement contre le cancer. Malheureusement, elle souffre encore d'effets secondaires invalidants liés à sa chimiothérapie et à sa radiothérapie. « À mon avis, l'immunothérapie n'a pas les mêmes effets à long terme. »-L’impact à long terme sur la qualité de vie des survivants est crucial. Pendant le traitement, on ne se rend pas compte de ce que sera réellement la vie après le cancer. Je pensais que si je survivais au traitement et atteignais la rémission, ma vie reprendrait simplement son cours. J’ignorais tout de la brutalité de la chimiothérapie et de la radiothérapie, et de leurs conséquences durables sur mon corps, mes capacités cognitives, mon énergie et mon humeur. Avec le recul, si quelqu’un a la possibilité d’accéder à l’immunothérapie en première intention, c’est un cadeau inestimable.
Alors, comment Nadine pense-t-elle que nous pouvons parvenir à un avenir où les immunothérapies anticancéreuses, capables de sauver des vies, seront des traitements de première intention ? Un meilleur financement de la recherche translationnelle, une meilleure sensibilisation des patients et un plaidoyer pour un système de santé capable de soutenir des thérapies novatrices. Selon elle, l’accès aux soins est l’objectif ultime.I Je ne concentre pas mes efforts sur la guérison. Je me concentre sur aujourd'hui : faire en sorte que l'immunothérapie devienne accessible à tous et progresser vers un avenir où les patients n'auront plus besoin de recourir à la chimiothérapie et à la radiothérapie traditionnelles, tandis que la recherche préclinique et clinique nous rapproche de la guérison.