Par KARIMAH ES SABAR
Le Canada est souvent un chef de file dans la mise en place de programmes créatifs visant à favoriser l’innovation et la commercialisation, mais il ne maintient pas toujours le cap suffisamment longtemps pour bénéficier de leurs résultats et de leurs avantages économiques.
La COVID-19 met à rude épreuve les systèmes de santé du monde entier comme jamais auparavant, et le Canada ne fait pas exception. En cette période difficile, l'une des nombreuses leçons apprises est que nous devons continuer à mobiliser notre capital intellectuel afin de continuer à développer des produits et des solutions novateurs qui profitent au Canada et à la communauté internationale.
À l'échelle mondiale, l'industrie pharmaceutique affiche un appétit accru pour les technologies de pointe en thérapeutique, vaccins, diagnostics, santé numérique et biosciences en général. Au Canada, le programme fédéral des Réseaux de centres d'excellence (RCE), très performant, a alimenté une partie de ces filières. Les RCE ont joué un rôle essentiel dans la création de réseaux de calibre mondial autour des atouts du milieu universitaire canadien et ont permis le développement d'innovations clés en partenariat avec l'industrie et par la création d'entreprises dérivées. Cela dit, 2024 marque la fin de ces précieux RCE. Il est important de trouver un moyen de consolider les fondements du programme des RCE et d'établir une filière d'innovation translationnelle solide et durable, qui comprend :
- Des systèmes de financement stables et durables qui offrent des avantages aux Canadiens et qui restent en place quels que soient les changements de leadership politique;
- Renforcer les possibilités de formation continue du personnel hautement qualifié (PHQ) dans des domaines d’importance nationale stratégique ;
- Des mesures claires et tangibles du succès des RCE (y compris les activités de commercialisation et de retombées, l’engagement de l’industrie par l’investissement et la collaboration et l’impact sur les Canadiens).
Lorsque la COVID-19 a frappé, nous avions une longueur d'avance à bien des égards : des entreprises canadiennes comme AbCellera et Medicago possédaient déjà l'expertise nécessaire pour s'adapter rapidement et développer des traitements et des vaccins candidats spécifiques à la COVID-19. Les autorités de santé publique provinciales et fédérales ont également réagi promptement, redéployant du personnel et accélérant la formation. Cependant, des lacunes subsistaient. La pandémie a mis en évidence l'incapacité du Canada à produire des vaccins, malgré les importantes contributions du Canada à ce domaine par l'intermédiaire des Laboratoires Connaught (aujourd'hui Sanofi Pasteur). Un plan de progression bien défini, garantissant la gestion des découvertes universitaires tout au long du continuum de l'innovation, de la découverte à la commercialisation, est important, et le soutien continu d'organismes uniques comme les RCE pour soutenir cette progression est inestimable. Les entreprises prospères d'aujourd'hui étaient convaincues que les RCE du Canada représentaient un outil remarquable pour l'écosystème scientifique canadien afin de relever des défis scientifiques aussi importants.
La nouvelle génération de RCE financés après 2014 a déjà eu des effets positifs. Par exemple, GlycoNet, chef de file en médicaments, vaccins et diagnostics à base de glucides, a soutenu la création d'entreprises naissantes comme 48Hour Discovery et PanTHERA CryoSolutions, qui ont toutes deux obtenu des millions de dollars en capitaux étrangers et en partenariats industriels grâce à des technologies de la santé canadiennes. En matière de croissance, BioCanRx renforce la capacité de production nationale de thérapies anticancéreuses vitales en agrandissant ses centres d'installations partout au Canada.
Les RCE disposent de capacités et d'un levier que les universités seules ne possèdent pas : ils apportent une visibilité nationale et une collaboration en réseau aux secteurs stratégiques. De solides pôles de propriété intellectuelle, gérés conjointement par les universités partenaires et les réseaux, constituent une base solide pour le développement de produits. Les RCE transposent leurs domaines d'expertise spécifiques sur des plateformes commercialement viables, tandis que le programme soutient et favorise l'innovation universitaire en réunissant des groupes nationaux et internationaux. Les RCE renforcent les bureaux de transfert de technologie des universités afin que les projets multi-institutionnels puissent progresser plus rapidement et plus facilement vers la traduction et la commercialisation. Le programme entretient depuis longtemps des liens à travers le pays pour former la prochaine génération de main-d'œuvre, essentielle à une économie du savoir.
Il est important de noter que le programme des RCE possède une solide expérience en matière de transfert et de mobilisation des connaissances. En 2017, les réseaux et centres financés par les RCE avaient créé 147 entreprises dérivées et 1 332 start-ups. Ils ont également formé près de 50 000 personnes. Ces résultats ont non seulement contribué à la création d'une industrie du savoir, mais ont également fourni le capital intellectuel – le personnel qualifié – qui propulsera notre économie de demain.
Un programme contribuant de manière aussi importante à l'écosystème canadien ne se concrétise pas du jour au lendemain. Sa création et son développement, qui en font le lieu actuel, nécessitent du temps, des investissements en capital, en talents et en personnel. Une fois démantelé, il serait difficile de rétablir ces réseaux profonds et complexes, ainsi que les programmes de formation nécessaires au développement d'un personnel hautement qualifié, pour assurer l'essor du secteur des biosciences.
Le Canada a besoin de la durabilité et de la continuité des organisations et des réseaux qui offrent la formation nécessaire au personnel qualifié, stimulent l'innovation et créent un vivier de commercialisation. Le Canada est souvent un chef de file dans la mise en place de programmes créatifs favorisant l'innovation et la commercialisation, mais il ne maintient pas toujours le cap assez longtemps pour en tirer profit et en tirer des retombées économiques. Ensemble, nous devons bâtir des partenariats public-privé solides et durables en matière de traduction, qui contribuent à stimuler le moteur de la commercialisation des découvertes universitaires. Les RCE sont un catalyseur essentiel de l'écosystème des sciences de la vie et il convient de les développer et de les porter à un niveau supérieur.
Karimah Es Sabar est présidente du conseil d'administration de GlycoNet et a été présidente de la table de stratégie économique fédérale sur la santé et les biosciences.
Cet article provient du Hill Times : https://www.hilltimes.com/2021/02/03/intellectual-capital-is-canadas-most-important-natural-resource/281411