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Ottawa est sur le point de devenir un centre de fabrication d'agents anticancéreux

Par : Andrew Duffy

 

Article original: http://ottawacitizen.com/news/local-news/ottawa-poised-to-become-manufacturing-centre-for-cancer-fighting-agent

 

Laboratoire BellJohn
Le chercheur en cancérologie, le Dr John Bell, affirme qu'un nouveau programme de financement signifie que « tout scientifique de ce pays qui a une bonne idée sera en mesure de la mettre en pratique en clinique ».

 

Des scientifiques canadiens ont reçu 11 millions de dollars pour faire avancer la recherche sur l'immunothérapie contre le cancer, dont une grande partie est menée à Ottawa, y compris un traitement prometteur qui utilise des cellules immunitaires génétiquement modifiées pour lutter contre la leucémie et d'autres cancers du sang.

 

Le financement, annoncé mercredi par le réseau BioCanRx, financé par le gouvernement fédéral, vise à renforcer la capacité scientifique et de fabrication nécessaire au lancement d'essais cliniques canadiens sur la thérapie cellulaire CAR-T.

 

La thérapie consiste à réorganiser les propres cellules T d’un patient pour en faire de meilleurs combattants du cancer.

 

Les chercheurs d’Ottawa recevront 5.5 millions de dollars en subventions et la ville abritera un centre de fabrication de plusieurs millions de dollars capable de produire un composant clé des cellules CAR-T.

 

« Cela signifie que tout scientifique de ce pays qui a une bonne idée sera en mesure de la mettre en pratique en clinique », explique le Dr John Bell, scientifique principal à l'Hôpital d'Ottawa et l'un des principaux chercheurs en immunothérapie au Canada.

 

« Toutes les découvertes actuellement en laboratoire et qui n'ont pas encore eu la chance de progresser pourraient rapidement être mises en pratique clinique une fois cette situation établie. »

 

Des chercheurs canadiens souhaitent commencer la phase 1 des essais cliniques utilisant des cellules immunitaires génétiquement modifiées d’ici 2019.

 

Dans la thérapie cellulaire CAR-T, les cliniciens prélèvent des cellules immunitaires dans le sang du patient et les remanient pour mieux cibler les cellules cancéreuses, qui ont l'étrange capacité de perturber la réponse immunitaire de l'organisme. Les lymphocytes T modifiés sont multipliés en laboratoire, puis des milliards sont réinjectés dans le sang du patient où ils entrent en action.

 

À l'heure actuelle, les chercheurs canadiens ne disposent pas de l'équipement nécessaire pour fabriquer des cellules CAR-T — le procédé est coûteux — et doivent s'appuyer sur des fournisseurs américains pour mener leurs expériences. Cette situation est source d'une immense frustration pour les Canadiens qui travaillent dans le domaine en pleine évolution de l'immunothérapie, qui vise à exploiter la puissance du système immunitaire dans la lutte contre le cancer.

 

Manoj Lalu
Le Dr Manoj Lalu, professeur adjoint au Département d’anesthésiologie de l’Université d’Ottawa, dirigera une étude de deux ans visant à examiner tous les essais cliniques CAR-T précédents et à identifier les pièges potentiels.

Cela signifie également que la grande majorité des essais cliniques sur les cellules CAR-T ne sont pas accessibles aux Canadiens souffrant de leucémie ou de lymphome avancé.

 

Selon le plan dévoilé mercredi, le Centre de fabrication de produits biothérapeutiques d'Ottawa sera agrandi pour devenir un élément clé du réseau canadien de production de cellules CAR-T. Le centre produira un virus capable d'infecter les cellules T et de leur ajouter du matériel génétique.

 

La Fondation du cancer de la région d'Ottawa s'est engagée à recueillir 2.5 millions de dollars pour financer cette initiative. « Cette forme de thérapie, cette usine de fabrication, ouvrira la voie à un traitement personnalisé du cancer, ce qui représente véritablement la prochaine étape », a déclaré Linda Eagen, présidente de la fondation.

 

La thérapie anticancéreuse par cellules CAR-T s'est révélée très prometteuse chez certains patients américains atteints de cancers avancés, autrement incurables. Cependant, elle a aussi connu des revers.

 

En juillet dernier, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a ordonné l'arrêt d'un essai clinique CAR-T très médiatisé après le décès de trois patients atteints de leucémie par œdème cérébral. L'essai de phase deux a repris, mais a été de nouveau interrompu en novembre après deux nouveaux décès.

 

Bell a déclaré qu'il était confiant que les essais canadiens seraient sécuritaires.

 

« Je pense que nous avons beaucoup appris de nos erreurs », a-t-il déclaré. « Mais chaque fois qu'on utilise une nouvelle thérapie, on découvre des choses que l'on n'avait probablement pas anticipées. »

 

Dans le cadre de cette initiative, le Dr Manoj Lalu, professeur adjoint au Département d'anesthésiologie de l'Université d'Ottawa, dirigera une étude de deux ans visant à examiner tous les essais cliniques antérieurs sur les cellules CAR-T et à identifier les pièges potentiels. Il interrogera également des patients afin de s'assurer que les futurs essais cliniques répondent à leurs besoins.

 

« En faisant ces recherches, nous espérons pouvoir mettre en place l’essai le plus sûr et le plus potentiellement bénéfique possible », a déclaré Lalu, scientifique associé à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa.

 

L’étude de Lalu comprendra également une analyse économique pour garantir que la thérapie est financièrement viable dans le système de santé public du Canada.

 


 

Article gracieuseté de Le citoyen d'Ottawa et PostMedia